lundi 2 septembre 2019

Je ne suis pas courageux

Chapitre 0.pfff Je ne sais plus.

Si vous connaissez le mot solastalgie, et que vous vivez sous son emprise, alors vous savez que le courage n'a rien à voir dans cette histoire. Si vous ne savez pas de quoi je parle, arrêtez votre lecture, je ne veux pas être celui qui va vous piquer les fesses et provoquer une réaction en chaîne dont on ne reviens pas.

Lisez un bon roman plutôt.
C'est mieux écrit et le français y sera sans doute moins maltraité.


Bon, on est entre solastalgiques ?
Alors vous souffrez autant que moi. Vous cliquez sur des tas de choses qui vous perturbent le sommeil, moi j'ai un abonnement Netflix aux cauchemars, avec l'option replay.

Chacun va ressentir et réagir différemment, moi, j'absorbe l'info et je la restitue dans un imaginaire souvent morbide et torturé.

Je me doutais, mais je ne voulais pas creuser.

J'ai fais ma petite mise en relation systémique, comme on dit, je ne voulais pas trop y croire.
Et Paf ! Collapso +1.

Même la plus optimiste des réactions, la plus saine, la plus écolo-relationnelle, ne vous enlève pas l'angoisse du chaos. Enfin, je ne crois pas.

Depuis que ma "transition" est amorcée (quel drôle de mot, quelle phrase étrange), j'ai l'impression qu'une part de moi meurt, pour qu'une autre puisse naître.

Dans la même journée, et suivant avec qui je dialogue, je passe toujours des larmes aux rires.

Un homme ne doit pas pleurer. Je dois être un âne alors.
Je pleure de tristesse, et la minute d'après d'espoir.
Comme je ris d'angoisse, avant de rire de joie.
C'est du grand n'importe quoi.

Mais ça fait la lessive.
Je suis en phase d'essorage, la machine s'ébranle sur ses cales.

Encore quelques jours et le hublot va s'ouvrir, je vais pouvoir étendre tout ça.
Il fallait que ça s'arrête de toutes façons, je n'en pouvait plus du bruit.

L'envie de sortir de la machine est là.
Je suis rincé.

Je ne suis plus tout neuf, j'aurai préféré faire ça au printemps, à trente ans.
Je fais ça à l'automne, à... trente et quelques.

Mais ça va.
C'est minimaliste comme transition.
Pas survivaliste.

Je ne vais pas ramper dans la boue, loin de la civilisation devenue métaphoriquement hostile, en protégeant mes arrières et mes avants.

Je crois que la plupart des gens ne sont pas si ego-centré que ça.
Vous en êtes un bel exemple: de l'empathie, du soutien, des invitations...
J'avais besoin de le lire pour me rassurer, mais les quelques personnes qui me connaissent et qui me suivent aujourd'hui ici, savent que je suis plutôt mal à l'aise de recevoir sans pouvoir donner quelque chose en échange.

C'est d'autant plus difficile quand on a peu.

Je ne pars pas en situation d'autonomie, c'est clair.
Je perçois l'autonomie comme mortifère.
Je crois au contraire que l'interdépendance est nécessaire.
Pour ce sentir vivant, la relation aux autres est indispensable.

Et en plus, j'ai besoin d'une expression artistique, donc fondamentalement d'au moins un spectateur.

J'ai besoin d'utiliser mes sens.

Et de ne pas toujours obéir : il faut bien que quelqu'un me donne quelque chose à transgresser.
Non, décidément, je ne peux pas être seul.

Oh ?! Quelqu'un me lit ?

D'où cette énergie mise aujourd'hui à écrire et réseauter.
J'ai envie de vivre des tas de choses, que seul, je ne peux pas.

Je suis un peu tout nu dans ma tête. Pas pour m'exhiber, pas pour me désinhiber, juste pour montrer que je suis de la même espèce que vous.

Je ne suis pas plus courageux que vous, juste un poil plus romantique au sens littéraire.
Il n'y a pas beaucoup de folie là dedans. La folie aurait été de conserver l'ensemble des paramètres qui me conduisait à l'asphyxie. Quand au courage, il m'en aurait fallu bien plus, pour affronter la vie résigné.

Donc finalement tout va bien.
Je vais le faire.

Ce n'est pas un défit, c'est dans l'ordre de mes choses.
Je ne saute pas d'un train en pleine course, lancé ligne droite ; j'ai attendu qu'il ralentisse dans un virage et j'attends le coussin de hautes herbes pour amortir le saut.

Ça va : c'est jouable.

Quelque part, un peu plus bas, un âne m'attends avec quelques bricoles, pour ne pas avoir l'air trop bête en rase campagne. Il y a un truc qui ressemble à un vague plan.

Donc ça va.

Certains ont déjà allumé une bougie à leur fenêtre, pour moi, je sais où aller, je trouverai.

Donc ça va.

Aujourd'hui ça va.

dimanche 1 septembre 2019

La Graine-âne-thèque

Bonjour les permas !

Je ne suis plus actif sur ce groupe, pourtant c'est bel et bien ici que commence mon histoire.






Au début, je voulais manger plus sain, apprendre un peu le jardinage, j'étais en quête d'informations.

J'ai découvert la permaculture comme ça: par hasard.
J'ai essayé de m'initier tranquillement, avec un succès relatif au début, mais soyons clair, je ne faisais pas de permaculture, tout juste du jardinage sans intrants chimiques.

Le permaculture au sens absolu, nécessite un espace et un collectif dont je ne disposais pas.
Et le mot est tellement chargé de sens que seul dans mon potager j'étais frustré de ne pas pouvoir aller plus loin.

J'ai découvert également (effet secondaire de mes fréquentations sur les réseaux) le terme de collapsologie et j'ai pu expérimenter en immersion ce qu'on appelle l'éco-anxiété.

J'ai d'ailleurs eu plus de facilité, à avoir des idées noires, que les mains vertes.

J'ai paniqué.

Que faire ? Est-ce que c'est foutu ? On va tous mourir ?!

Moi, je viens de devenir propriétaire d'un âne, "Piloul".

Piloul et moi, on est sur le départ.

Plus de jardin, plus de maison, un strict minimum pour un long voyage perma, sans autre but que les rencontres, l'écriture, la photo et me détacher d'un monde qui détruit et corrompt tout ce que j'aime.

J'ai lu tellement de choses, vu tellement de photos, lu tellement de choses inspirantes, que maintenant, je veux voir si tout ça est bien vrai.

C'est finalement aussi simple que ça. J'ai réduit ma culpabilité à sa plus simple expression: désormais mon bilan carbone sera acceptable et mes déchets, de l'engrais vert.

Je n'ai pas de vision à long terme, je me pose encore beaucoup de questions, sur ce que ce voyage va faire de moi, mais je ne peux plus faire marche arrière.

Le 15 Septembre 2019 à 10 heures, je change ma vie d'aiguillage.

Disons que je collapse un peu avant tout le monde, histoire de prendre le plis dans de bonnes conditions.

Dans ce voyage, je compte emmener avec moi une boite vide.
Une grainothèque ouverte à tous.
Une boite dans laquelle chacun pourra déposer ses graines pour les voir voyager et en récupérer d'autres en échange. Un service postal rustique en quelque sorte. Sauf pour le premier à déposer ses graines, lui sera un peu frustré, mais il faut bien un point de départ...

J'ai bien conscience que je ne vais pas devenir le fournisseur officiel des quelques 59 000 membres du groupe, mais rien ne vous empêche de vous acheter un âne, pour couvrir les zones que je pourrai oublier en route : à 4 km/h, soyons réaliste, je ne pourrai pas être partout à temps.

D'ici l'hiver, je passe dans plusieurs régions (750 km) et mon itinéraire en "presque" temps réel, sera sur le groupe dédié et que je viens de créer. Ce groupe, me servira de carnet de route, (book photo et recueil de textes), ainsi qu'une géolocalisation approximative, pour ceux qui veulent venir à ma rencontre.

Je ne vous cache pas non plus, que je compte également l'utiliser comme bouée de sauvetage, si j'ai besoin de reconstituer mes réserves en eau et en foin. Ou pleurer un bon coup sur une épaule, parce que c'est quand même un truc de fou pour quelqu'un qui ne connaît que la sédentarité.

Vous connaissez maintenant les grandes lignes de mon utopie.

Vous pouvez la rejoindre en cliquant sur le mot ici.

Ou sur ce lien https://www.facebook.com/groups/456184165112680/ , si vous n'avez toujours pas compris ce qu'est un hypertexte.

J'espère que ce voyage va faire plein de petites graines.
Et qu'on vite se rencontrer.

Ça ne dépend plus que de vous.

Merci de m'avoir lu.

Zeb (et Piloul)

vendredi 30 août 2019

Nico

Ceci n'est pas un chapitre.
Mais l'histoire ne sera pas complète sans.

Je te l'avais dit que je ne pourrai pas te dire "Adieu".
Tu n'as pas réussi à te barrer aussi loin que tu le croyais :
Tu es encore là !

J'ai même ta casquette gros !






Tu croyais que ton voyage serait le dernier ?
Raté tu vois.
Encore un voyage aujourd'hui, grâce à toi.
Mon voyage cette fois.
Tu m'offres un petit bout de ma vie.
Et moi, je t'emmène avec moi et pas qu'un peu.

Mon âne s'appelle Piloul : toi tu comprends.
Tu seras là. Chaque jour, tu seras là.

Je te l'avais dit : je ne pourrai pas te dire adieu.

On va en voir des trucs.
On va raconter une histoire à ceux qui restent.
On va arrêter de braire, on laisse ça à l'âne.

Je me souviens : il n'y a rien après, c'est ce que tu disais.
En fait si, il y a nous, avec un vide qu'on ne sait plus trop comment remplir.
Je crois qu'avec ton frère et ton père, même si le trou restera toujours grand,
on a trouvé un moyen qu'il y ait moins de vide dedans.

Ensemble on va te raconter une sacrée histoire: "Zeb et Piloul", elle s'appelle.
Une histoire qui est possible grâce à toi.

Merci Mec !

Bon, accroche toi à ton slip, je coupe (bientôt) l'élastique.

On the road again Bro' ! 

mardi 27 août 2019

Équilibre

Chapitre 0.5   -   Vous.

Merci.

Merci de me rejoindre dans cette histoire, de me lire, de faire des clics un peu partout, de m'écrire toutes ces petites choses.
Certains dans ce groupe me connaissent de longue date, et savent à quel point j'ai souvent déraillé dans ma plongée collapso. Je sais qu'ils hallucinent un peu.

Pourtant au début, j'allais plutôt bien, j'avais juste envie de faire pousser quelques légumes sans tructicides.

Manger sain quoi.

C'est à cette époque, courant 2017, que j'ai découvert le mot permaculture, et toute une bande de fous accros aux techniques douces. J'ai fais mes classes sur le groupe Permaculture pour les nuls, rebaptisé Permaculture de A à Z par la suite, à cause de sales copieurs de nom (que les doryphores leurs bouffent leurs patates à ceux là).

Bref, je ne savais pas trop ce que c'était la permaculture, mais ça avait l'air vachement bio et donc, ça collait assez avec ce que je voulais faire à l'époque.

Sauf que la permaculture, c'est un peu plus complexe comme concept, que ce que je m'étais imaginé au départ. Pour que tout ça marche, il ne suffit pas d'avoir un potager et quelques bâtons d'encens à griller sur de la musique new age.
Non: il faut lire 12 513 bouquins, visionner 6 312 heures de vidéos, passer en candidat libre un master de chimie, un doctorat en science végétale, connaître par cœur le petit manuel du parfait entomologiste, danser nu au milieu des orties pour s'attirer les faveurs de la météo, embrasser sur la bouche des limaces, pour se garantir d'une gestion holistique du bazar, gratter la terre avec ses ongles et tout ça pour trois tomates à moitié bouffées et deux haricots filandreux.

C'était la bonne époque.

La guerre des viandosores contre les végétausores, Les clash des modos qui passaient (et passent encore), leurs journées à répéter que ce n'est pas un groupe d'identification d'insectes ou de plantes ornementales. Ambiance colo de délinquants, encadrés par des pontes usés par tous ces sales gosses.

Puis un jour, entre deux posts (feuilles au mildiou vs mouche à merde), passe un petit truc collapso.
Un autre, puis un autre.

Et moi, comme une brêle : je clique dessus, j'écoute, j'entends, puis je lis et je clash.

J'ai choppé la collapso comme ça : en voulant faire rougir une tomate, c'est moi qui suis devenu vert.
La suite on la connait tous ici (il me semble), si ce n'est pas le cas, n'achetez que vos tomates chez Leclerc, ne cherchez pas à les faire pousser par vos propres moyens, ça va vous coller dans la merde.

Depuis, je suis un homme brisé, névrosé, anxieux, la descente aux enfers classique. Je me suis mis à fumer des macaronis, à boire deux litres de café par jour, alors que je n'en buvait que 20 tasses, et j'ai tout le temps envie de faire l'amour, pour compenser la perte de Pinpin mon doudou.

Pire, avec le temps je me suis perdu dans la langue française à ne plus comprendre le langage de molière d'un non collapso. J'ai torpillé ma relation affective avec mon banquier et j'ai arrêté d'acheter des trucs en plastique à la con.

J'ai même réussi à me convaincre que j'étais devenu sociopathe.

C'est simple, j'ai tout remis en question, même les questions.

Au final, j'ai un âne, de la caféine à la place de l'hémoglobine, j'ai toujours pas retrouvé Pinpin et mon projet de vie se limite à vivre dans l'herbe.

C'est là, que vous intervenez.

Bravo ! C'est génial !! Quel courage !!! Super projet !!!!! Quelle chance !!!!!!!
Hé, oh ??!

Faut arrêter les macaronis...

J'ai juste pété un câble là.
Bon on se reprend.
On regarde tout ça au calme, on analyse, on...

On s'en fout ! Ça y est ! Trop tard, c'est plié !
Piloul et moi on part chercher Pinpin !

C'est cet état, que je nomme "équilibre".
Mon projet, c'est de ne pas faire de projet. Juste être à l'écoute de cette petite voix en moi qui me dit: allez vas-y ! (Mais sans me dire où).

Alors, voilà, soyons clair: je n'ai pas de plan, juste beaucoup de temps à consacrer au temps.
Vous pouvez venir à ma rencontre, j'ai le temps.
Le temps de souffler, de vivre calmement, de galérer tranquillement, d'apprendre d'un âne.

Merci d'être venu me rejoindre dans cet équilibre, ça me touche.
Je vais essayer de vous rendre dingue à mon tour.



dimanche 25 août 2019

Ça y est: je kiffe.

Chapitre 0.4  Tilt !

Jeudi 22 Août.

Derrière votre écran vous ne pouvez pas tout voir et tout entendre, mais mes journées deviennent euphorisantes. L'effet Piloul sans doute. Je dors mieux et mes cauchemars récurrents de ces derniers mois, disparaissent... ...je rêve à nouveau.

Enfin, je suis fou. Enfin, je fais un truc dingue. Enfin, je perds mon chemin.

Je sens l'âne, enfin !

J'ai marché avec lui aujourd'hui, ça m'a fait un bien fou.
J'aurai peut-être du retirer ma casquette quand même: il a fait beau et j'ai la moitié supérieure du front nettement moins bronzée que mon visage. Ridicule.

Ça va être une balade formidable : La vie à 4 km/h.

Dimanche 25 Août.

L'euphorie retombe un peu, mais les angoissent s'estompent aussi beaucoup.
Le jour J approche, je rationalise mes besoins. J'essaie de me définir des règles.

Tout va changer pour moi. Et rien de ce que j'ai pu vivre jusque là, n'est en commune mesure avec ce qui se prépare. Il faut admettre que: "nomade accompagné d'un âne", ce n'est pas le truc à mettre sur son CV.
Sauf si on ne veux pas du poste de préparateur chez Amazon, et c'est mon cas.

J'ai un peu l'impression d'annoncer à tout le monde, que je pars traverser la jungle Guyanaise, armé d'un couteau à huître.
Non mais ; comme si j'allais traverser l'atlantique à la nage avec un âne...

En fait, je trouve que je suis assez cohérent avec les réalités actuelles. Je veux, ou plutôt, je dois, rencontrer tous ces gens qui me fascinent.

Les "je devrais", c'est fini : je vais, maintenant.

Les questions qui reviennent en boucle commencent toujours par : Comment tu vas faire pour... ...?

J'écoute bien entendu, assez pour savoir que je n'ai pas toutes les réponses. Et alors ?
Peut-être que je ne ferai pas, tout simplement.
Peut-être que je mettrai du temps à trouver certaines réponses, certainement.
Peut-être que certaines choses ne me manqueront pas du tout.
Peut-être que je contournerai le problème.
Peut-être pas.

Je me dit qu'à 4 km/h les chocs seront moins violent.

Et peut-être que je n'avais pas non plus de réponses satisfaisantes avant.
C'est même sûr.

Peut-être aussi que mon rapport à la mort ne m'angoisse plus, que j'ai juste envie de vivre un truc à moi, que cette simplicité me suffit finalement.

J'ai envie de marcher, marcher, marcher...
J'ai envie d'être pote avec âne, construire un lien et le fortifier.

Je ne quitte pas tout. D'une certaine façon, c'est même le contraire: je vais retrouver l'essentiel.
Peut-être que je marche mieux, si je n'ai pas réellement de plan.

C'est même certain.

Trop tard pour reculer.

mardi 20 août 2019

Des rencontres sur la route ?

Chapitre 0.3 -Planification-

Les jours passent assez vite, il est temps de planifier un peu la route.
Départ d'Arras dans le Pas-de Calais, ça, c'est la constante.
J'ai choisi de partir un dimanche matin, à la mi-septembre.
Mon chemin va traverser la Somme, L'Oise, le Val d'Oise, les Yvelines, L'Eure et Loire, le Loir et Cher, l'Indre, La Creuse, la Corrèze et le Lot où je souhaite marquer une étape hivernale.

En chemin, j'ai quatre courtes étapes qui me tiennent à cœur.

Une dans la somme pour aller à la rencontre d'une personne, que je ne connais, que par son engagement philosophique et son jardin photographique.
Une autre en Eure et Loire, pour retrouver un ami qui s'est lancé en famille dans le maraîchage bio.
Toujours dans l'Eure et Loire, un ancien collègue devenu ami, qui m'a initié à la menuiserie et qui m'a peut-être, un jour, glissé dans l'oreille qu'il me verrai bien avec un âne...
Une autre enfin, dans le Loir et cher, pour saluer un pote et sa petite famille.
Puis arrivera le Lot où je retrouverai un fou, mais je ne vais pas spoiler la fin, même si j'en crève d'envie.

Voilà, on peut dire que j'ai fais un énorme effort de planification, et que, question détails, je suis au max.

Ça fait un moment maintenant que je passe mon temps à me lamenter de l'état du monde derrière mon écran, à lire des tas de trucs dingues, du plus simple texte de Confucius, aux chroniques de fin du monde, en passant par les articles scientifiques, économiques, écologiques, sociologiques et tout ce qui se fini en "ique" tant que c'est au pluriel et que ça vous nique.
Je l'ai creusée ma solstagie, bien avant que je découvre son nom. Et je sais que ça pique.

Partir avec un âne, puisque c'est ça le plan aujourd'hui: ça calme la colère sourde qui s'est accumulée.
La simple idée de savoir que le mécanisme est enclenché. Que ce départ, qui m'aurait encore paru bien improbable, il y a encore un mois, est sur le point d'intervenir ça me met dans un état...
Quels seraient les bons mots ?
Ah oui ! Pschiiiiit façon bière du nord, bien fraîche, mais un peu bousculée à la sortie du frigo....
J'ai le sentiment que beaucoup de mousse s'échappe d'un contenant devenu trop petit.

Je sens une part animale qui a toujours été là, mais jusque là, en cage.
Là, la bestiole vient de se rendre compte que la porte est ouverte, ça sent la liberté.

Parce que c'est ça au fond: la liberté.

La finalité du collapso, cherchez pas les amis: c'est de collapser en premier !

Donc moi je collapse le 15 septembre avec un âne, des bobos, et une bestiole qui ne rêve que de liberté.

Après tout, c'est pas plus bête que d'attendre de faire ça dans les pires conditions...
(Ça va torturer un peu plus vos esprits déjà bien angoissés ça, non ? )

 Hé, hé, hé, (j'aime bien les interactions avec le lecteur).

D'ailleurs, ce n'est pas un road-trip, c'est un pèlerinage moderne pré-apocalyptique.
C'est une vision très XIX ème du romantisme, je m'en fous, c'est ma liberté.

Mais je veux voir des gens bon sang ! Vous connaissez ma route, je suis avec un âne, si vous avez envie d'interagir sur mon chemin, vous prenez pas trop la tête: faites le.
Bon, il y a le truc de la bestiole qui peut faire peur à certains.
Il ne faut pas avoir peur des métaphores, le nombre de morts par métaphoricide en 2019 est proche de 0. Je ne vais pas non plus faire pipi sur un de vos fauteuils. Ni mâchouiller les jouets de vos enfants.
La bestiole c'est dans ma tête, c'est mon ami imaginaire de quand j'étais petit et qui est revenu bien grandi.

Il faut juste, absolument, qu'on se rencontre sur la route quand c'est possible: j'ai un âne, je ne vais pas en plus me balader avec un arrosoir jaune à la main pour me faire reconnaître !

Et puis même: vous n'avez qu'à collapser aussi avec un âne et on forme une caravane !
Je vous prends sur la route ! On passe par les éco-lieux des coins qu'on va traverser, en fertilisant les sols de crottins: la classe ! Épandre de l'engrais vert sur sa route quel pied !

Allez venez !

Au lieu de remuer vos méninges sur tous ces articles anxiogènes: venez !
Soyons libre !

Collapsage immédiat !

Il faut que je dorme un peu moi, je n'écris que des bêtises quand je manque autant de sommeil.

Début d'une possible résilience.

Chapitre 0.2 - Structuration du bordel.

18 Août 2019.

Je reprends l'image du puzzle éclaté là où je l'avais laissée.
Et d'une certaine façon, il y a comme une logique aujourd'hui qui se dégage de tout ça.



"Partir sur les routes avec un âne", ce nouveau morceau qui s'impose à moi, change de beaucoup
la lecture globale des données à mes pieds.
Il y avait des tas de bouts d'assemblages, qui ne collaient pas avec le plan général.

Les "tu ne finis jamais rien". Ces éléments étaient encombrants et culpabilisants.
Même moi, je perçois le caractère instable de mes centres d'intérêts et de toutes ces choses, que j'ai pu commencer, sans jamais les finir.

Avec ce voyage qui approche, cette évidence que le chemin importe plus que la destination, je commence à me dire, qu'il en est aussi ainsi, de tout ce que je n'ai pas voulu finir.
Dès qu'un centre d’intérêt m'avait satisfait, que je me sentais en situation de "maîtrise", je pouvais choisir à la prochaine intersection de changer de chemin.
Et finalement, sans jamais avoir été au bout des choses, j'ai construis pas mal d'éléments de ma propre initiative, sans vraiment chercher à les intégrer à une logique pouvant être comprise par les autres. J'ai appris à maîtriser un tas de choses, et aujourd'hui ce voyage en est la finalité.

Je commence à trouver un sens à ces nombreuses démarches, avec le morceau "Zeb & Piloul" des associations, jusque là impossibles, se font.

Ah... Piloul.
Hier, on s'est trouvé. (Plus moi que toi c'est vrai).
Mais maintenant j'ai un moteur. Un vrai et qui fourni un travail, sans énergie fossile.
Qui fourni des émotions.
Qui fixe un cadre nouveau.
Qui va sérieusement faire dégringoler mon bilan carbone.

Mon âne Piloul a dix ans. Il a été élevé et a grandi dans La ferme du poulet qui va bien.
Il a déjà fait plein de choses et a beaucoup d'acquis.
Il a même appris à reconstruire émotionnellement les gens.
Il est officiellement à moi depuis hier.
Olivier, son éleveur, s'est d'ailleurs révélé être un sympathique collapso, engagé et passionné, pratiquant le 100% naturel, et le 100% amour de sa qualité de vie.
L'ensemble de ses animaux, tous poils et plumes confondus, sont dans les conditions optimums d'élevage en cadre naturel, c'est un lieu explosif de verts.

Les rencontres ont donc été un moment très à part.

Je me dis qu'avec les nombreux talents de Piloul, et mes trucs jamais aboutis, il y a peut-être une chance que de belles rencontres se déclenchent sur ma route. Je pense qu'écrire, aujourd'hui, répond
à ce besoin fondamental de ne pas ressentir trop la solitude en chemin, écrire pour taper à votre porte, pour remplir ma réserve d'eau, et vous offrir la promenade en âne pour vos enfants en retour, raconter des petits bouts de puzzle... ...bien plus sans doute, j'ai la trouille d'être seul.

Je pense avoir de quoi troquer sur ma route, c'est un élément rassurant.

D'ailleurs je vais ouvrir des albums photos "Mes trocs", ça vous donnera une idée de mes "pas fini" et ça fera un pavé indigeste, façon CV et Lettre de motivation, en moins à écrire et pour vous à lire.
Et pour ce que je ne peux pas illustrer, faudra faire comme moi: essayer d'être aussi intelligent que mon âne.

Il y a peu, je constatais des échecs et des voies sans issues.
Aujourd'hui, des choses nouvellement apparues, me permettent de distraire mon esprit et de sortir mes pensées d'un cercle où j'étais souvent prisonnier et constamment en stress.

Début d'une possible résilience donc.

Mais beaucoup de choses douloureuses restent en souffrance.

Je commence à lister mes besoins réels maintenant: il y aura des jours sans portes ouvertes.
Je connais ma capacité de portance avec l'aide de Piloul, je peux calculer le paquetage bivouacs idéal.
Je prends conscience de l'importance de pouvoir faire des rencontres. Être aidé et être dans la mesure de rendre la pareil, voilà de quoi doit être consacré mon volume de voyage.
Une bonne tente pour conditions difficiles, deux duvets: un polaire, un mi-saison, Un coffre gamelle, un sac photo, de quoi écrire, un coffre et quelques outils simples, mes vêtements et un nécessaire d'hygiène. Le kit de soin de Piloul. La paperasse. Il faudra que je fasse avec ça. 

Je ne veux pas charger l'âne comme un baudet.
Je préfère qu'il tracte tranquillement.

19 Août

Je suis retourné voir mon âne, contact rapidement noué à cette deuxième visite. Je pense qu'il a compris, que nous devrions nous revoir assez souvent. J'avais aussi un bout de pain dans la main, certain diront que je triche. C'est parce que, ces gens, ne peuvent pas se mettre au niveau d'intelligence d'un âne: lui, il s'est dit: de cette main qui se tend, se dégage l'intuition, d'une profusion de croûtons à venir.

C'est pas con un âne, faut pas croire.

Ensuite, j'ai pu l'emmener un peu sur les chemins et les petites routes. Marcher, à droite, à gauche, arrêt, pause casse-croûte, soleil, drache, tracteurs, vaches, chevaux en pâture, enfants, charge légère, rythme, câlins. Tous les voyants au vert. Du croûton, du croûton, du croûton.
Piloul, n'a pas vraiment cherché à m'imposer un caractère, je lui ai bien fait sentir que mon truc, c'est pas trop la chaîne de commandement non plus.
Je lui ai chanté du Brassens, il s'est mis à rigoler: on va vite être pote.
On a passé une chouette journée en tous cas.

On se revois jeudi, on test l'attelage cette fois, il connaît, mais il manque de pratique depuis deux ans, moi ça fait 25 ans que je n'ai plus conduit d'attelage. C'est moi qui perd et qui suis l'âne.
Je révise mon Brassens à cappella, je stocke du croûton, je sais que mon âne me pardonnera mes maladresses de remise en route.

20 Août

Rien. Juste des galères d’amarrages.
Des cordes à couper, des nœuds à défaire, des cordes à rouler.
Penser à tout, penser à rien, ne pas penser à ça, ne pas oublier ça.
Dire, se taire, écrire, souffler.
Affectivement, Piloul va avoir du boulot, je pars en miette.