vendredi 30 août 2019

Nico

Ceci n'est pas un chapitre.
Mais l'histoire ne sera pas complète sans.

Je te l'avais dit que je ne pourrai pas te dire "Adieu".
Tu n'as pas réussi à te barrer aussi loin que tu le croyais :
Tu es encore là !

J'ai même ta casquette gros !






Tu croyais que ton voyage serait le dernier ?
Raté tu vois.
Encore un voyage aujourd'hui, grâce à toi.
Mon voyage cette fois.
Tu m'offres un petit bout de ma vie.
Et moi, je t'emmène avec moi et pas qu'un peu.

Mon âne s'appelle Piloul : toi tu comprends.
Tu seras là. Chaque jour, tu seras là.

Je te l'avais dit : je ne pourrai pas te dire adieu.

On va en voir des trucs.
On va raconter une histoire à ceux qui restent.
On va arrêter de braire, on laisse ça à l'âne.

Je me souviens : il n'y a rien après, c'est ce que tu disais.
En fait si, il y a nous, avec un vide qu'on ne sait plus trop comment remplir.
Je crois qu'avec ton frère et ton père, même si le trou restera toujours grand,
on a trouvé un moyen qu'il y ait moins de vide dedans.

Ensemble on va te raconter une sacrée histoire: "Zeb et Piloul", elle s'appelle.
Une histoire qui est possible grâce à toi.

Merci Mec !

Bon, accroche toi à ton slip, je coupe (bientôt) l'élastique.

On the road again Bro' ! 

mardi 27 août 2019

Équilibre

Chapitre 0.5   -   Vous.

Merci.

Merci de me rejoindre dans cette histoire, de me lire, de faire des clics un peu partout, de m'écrire toutes ces petites choses.
Certains dans ce groupe me connaissent de longue date, et savent à quel point j'ai souvent déraillé dans ma plongée collapso. Je sais qu'ils hallucinent un peu.

Pourtant au début, j'allais plutôt bien, j'avais juste envie de faire pousser quelques légumes sans tructicides.

Manger sain quoi.

C'est à cette époque, courant 2017, que j'ai découvert le mot permaculture, et toute une bande de fous accros aux techniques douces. J'ai fais mes classes sur le groupe Permaculture pour les nuls, rebaptisé Permaculture de A à Z par la suite, à cause de sales copieurs de nom (que les doryphores leurs bouffent leurs patates à ceux là).

Bref, je ne savais pas trop ce que c'était la permaculture, mais ça avait l'air vachement bio et donc, ça collait assez avec ce que je voulais faire à l'époque.

Sauf que la permaculture, c'est un peu plus complexe comme concept, que ce que je m'étais imaginé au départ. Pour que tout ça marche, il ne suffit pas d'avoir un potager et quelques bâtons d'encens à griller sur de la musique new age.
Non: il faut lire 12 513 bouquins, visionner 6 312 heures de vidéos, passer en candidat libre un master de chimie, un doctorat en science végétale, connaître par cœur le petit manuel du parfait entomologiste, danser nu au milieu des orties pour s'attirer les faveurs de la météo, embrasser sur la bouche des limaces, pour se garantir d'une gestion holistique du bazar, gratter la terre avec ses ongles et tout ça pour trois tomates à moitié bouffées et deux haricots filandreux.

C'était la bonne époque.

La guerre des viandosores contre les végétausores, Les clash des modos qui passaient (et passent encore), leurs journées à répéter que ce n'est pas un groupe d'identification d'insectes ou de plantes ornementales. Ambiance colo de délinquants, encadrés par des pontes usés par tous ces sales gosses.

Puis un jour, entre deux posts (feuilles au mildiou vs mouche à merde), passe un petit truc collapso.
Un autre, puis un autre.

Et moi, comme une brêle : je clique dessus, j'écoute, j'entends, puis je lis et je clash.

J'ai choppé la collapso comme ça : en voulant faire rougir une tomate, c'est moi qui suis devenu vert.
La suite on la connait tous ici (il me semble), si ce n'est pas le cas, n'achetez que vos tomates chez Leclerc, ne cherchez pas à les faire pousser par vos propres moyens, ça va vous coller dans la merde.

Depuis, je suis un homme brisé, névrosé, anxieux, la descente aux enfers classique. Je me suis mis à fumer des macaronis, à boire deux litres de café par jour, alors que je n'en buvait que 20 tasses, et j'ai tout le temps envie de faire l'amour, pour compenser la perte de Pinpin mon doudou.

Pire, avec le temps je me suis perdu dans la langue française à ne plus comprendre le langage de molière d'un non collapso. J'ai torpillé ma relation affective avec mon banquier et j'ai arrêté d'acheter des trucs en plastique à la con.

J'ai même réussi à me convaincre que j'étais devenu sociopathe.

C'est simple, j'ai tout remis en question, même les questions.

Au final, j'ai un âne, de la caféine à la place de l'hémoglobine, j'ai toujours pas retrouvé Pinpin et mon projet de vie se limite à vivre dans l'herbe.

C'est là, que vous intervenez.

Bravo ! C'est génial !! Quel courage !!! Super projet !!!!! Quelle chance !!!!!!!
Hé, oh ??!

Faut arrêter les macaronis...

J'ai juste pété un câble là.
Bon on se reprend.
On regarde tout ça au calme, on analyse, on...

On s'en fout ! Ça y est ! Trop tard, c'est plié !
Piloul et moi on part chercher Pinpin !

C'est cet état, que je nomme "équilibre".
Mon projet, c'est de ne pas faire de projet. Juste être à l'écoute de cette petite voix en moi qui me dit: allez vas-y ! (Mais sans me dire où).

Alors, voilà, soyons clair: je n'ai pas de plan, juste beaucoup de temps à consacrer au temps.
Vous pouvez venir à ma rencontre, j'ai le temps.
Le temps de souffler, de vivre calmement, de galérer tranquillement, d'apprendre d'un âne.

Merci d'être venu me rejoindre dans cet équilibre, ça me touche.
Je vais essayer de vous rendre dingue à mon tour.



dimanche 25 août 2019

Ça y est: je kiffe.

Chapitre 0.4  Tilt !

Jeudi 22 Août.

Derrière votre écran vous ne pouvez pas tout voir et tout entendre, mais mes journées deviennent euphorisantes. L'effet Piloul sans doute. Je dors mieux et mes cauchemars récurrents de ces derniers mois, disparaissent... ...je rêve à nouveau.

Enfin, je suis fou. Enfin, je fais un truc dingue. Enfin, je perds mon chemin.

Je sens l'âne, enfin !

J'ai marché avec lui aujourd'hui, ça m'a fait un bien fou.
J'aurai peut-être du retirer ma casquette quand même: il a fait beau et j'ai la moitié supérieure du front nettement moins bronzée que mon visage. Ridicule.

Ça va être une balade formidable : La vie à 4 km/h.

Dimanche 25 Août.

L'euphorie retombe un peu, mais les angoissent s'estompent aussi beaucoup.
Le jour J approche, je rationalise mes besoins. J'essaie de me définir des règles.

Tout va changer pour moi. Et rien de ce que j'ai pu vivre jusque là, n'est en commune mesure avec ce qui se prépare. Il faut admettre que: "nomade accompagné d'un âne", ce n'est pas le truc à mettre sur son CV.
Sauf si on ne veux pas du poste de préparateur chez Amazon, et c'est mon cas.

J'ai un peu l'impression d'annoncer à tout le monde, que je pars traverser la jungle Guyanaise, armé d'un couteau à huître.
Non mais ; comme si j'allais traverser l'atlantique à la nage avec un âne...

En fait, je trouve que je suis assez cohérent avec les réalités actuelles. Je veux, ou plutôt, je dois, rencontrer tous ces gens qui me fascinent.

Les "je devrais", c'est fini : je vais, maintenant.

Les questions qui reviennent en boucle commencent toujours par : Comment tu vas faire pour... ...?

J'écoute bien entendu, assez pour savoir que je n'ai pas toutes les réponses. Et alors ?
Peut-être que je ne ferai pas, tout simplement.
Peut-être que je mettrai du temps à trouver certaines réponses, certainement.
Peut-être que certaines choses ne me manqueront pas du tout.
Peut-être que je contournerai le problème.
Peut-être pas.

Je me dit qu'à 4 km/h les chocs seront moins violent.

Et peut-être que je n'avais pas non plus de réponses satisfaisantes avant.
C'est même sûr.

Peut-être aussi que mon rapport à la mort ne m'angoisse plus, que j'ai juste envie de vivre un truc à moi, que cette simplicité me suffit finalement.

J'ai envie de marcher, marcher, marcher...
J'ai envie d'être pote avec âne, construire un lien et le fortifier.

Je ne quitte pas tout. D'une certaine façon, c'est même le contraire: je vais retrouver l'essentiel.
Peut-être que je marche mieux, si je n'ai pas réellement de plan.

C'est même certain.

Trop tard pour reculer.

mardi 20 août 2019

Des rencontres sur la route ?

Chapitre 0.3 -Planification-

Les jours passent assez vite, il est temps de planifier un peu la route.
Départ d'Arras dans le Pas-de Calais, ça, c'est la constante.
J'ai choisi de partir un dimanche matin, à la mi-septembre.
Mon chemin va traverser la Somme, L'Oise, le Val d'Oise, les Yvelines, L'Eure et Loire, le Loir et Cher, l'Indre, La Creuse, la Corrèze et le Lot où je souhaite marquer une étape hivernale.

En chemin, j'ai quatre courtes étapes qui me tiennent à cœur.

Une dans la somme pour aller à la rencontre d'une personne, que je ne connais, que par son engagement philosophique et son jardin photographique.
Une autre en Eure et Loire, pour retrouver un ami qui s'est lancé en famille dans le maraîchage bio.
Toujours dans l'Eure et Loire, un ancien collègue devenu ami, qui m'a initié à la menuiserie et qui m'a peut-être, un jour, glissé dans l'oreille qu'il me verrai bien avec un âne...
Une autre enfin, dans le Loir et cher, pour saluer un pote et sa petite famille.
Puis arrivera le Lot où je retrouverai un fou, mais je ne vais pas spoiler la fin, même si j'en crève d'envie.

Voilà, on peut dire que j'ai fais un énorme effort de planification, et que, question détails, je suis au max.

Ça fait un moment maintenant que je passe mon temps à me lamenter de l'état du monde derrière mon écran, à lire des tas de trucs dingues, du plus simple texte de Confucius, aux chroniques de fin du monde, en passant par les articles scientifiques, économiques, écologiques, sociologiques et tout ce qui se fini en "ique" tant que c'est au pluriel et que ça vous nique.
Je l'ai creusée ma solstagie, bien avant que je découvre son nom. Et je sais que ça pique.

Partir avec un âne, puisque c'est ça le plan aujourd'hui: ça calme la colère sourde qui s'est accumulée.
La simple idée de savoir que le mécanisme est enclenché. Que ce départ, qui m'aurait encore paru bien improbable, il y a encore un mois, est sur le point d'intervenir ça me met dans un état...
Quels seraient les bons mots ?
Ah oui ! Pschiiiiit façon bière du nord, bien fraîche, mais un peu bousculée à la sortie du frigo....
J'ai le sentiment que beaucoup de mousse s'échappe d'un contenant devenu trop petit.

Je sens une part animale qui a toujours été là, mais jusque là, en cage.
Là, la bestiole vient de se rendre compte que la porte est ouverte, ça sent la liberté.

Parce que c'est ça au fond: la liberté.

La finalité du collapso, cherchez pas les amis: c'est de collapser en premier !

Donc moi je collapse le 15 septembre avec un âne, des bobos, et une bestiole qui ne rêve que de liberté.

Après tout, c'est pas plus bête que d'attendre de faire ça dans les pires conditions...
(Ça va torturer un peu plus vos esprits déjà bien angoissés ça, non ? )

 Hé, hé, hé, (j'aime bien les interactions avec le lecteur).

D'ailleurs, ce n'est pas un road-trip, c'est un pèlerinage moderne pré-apocalyptique.
C'est une vision très XIX ème du romantisme, je m'en fous, c'est ma liberté.

Mais je veux voir des gens bon sang ! Vous connaissez ma route, je suis avec un âne, si vous avez envie d'interagir sur mon chemin, vous prenez pas trop la tête: faites le.
Bon, il y a le truc de la bestiole qui peut faire peur à certains.
Il ne faut pas avoir peur des métaphores, le nombre de morts par métaphoricide en 2019 est proche de 0. Je ne vais pas non plus faire pipi sur un de vos fauteuils. Ni mâchouiller les jouets de vos enfants.
La bestiole c'est dans ma tête, c'est mon ami imaginaire de quand j'étais petit et qui est revenu bien grandi.

Il faut juste, absolument, qu'on se rencontre sur la route quand c'est possible: j'ai un âne, je ne vais pas en plus me balader avec un arrosoir jaune à la main pour me faire reconnaître !

Et puis même: vous n'avez qu'à collapser aussi avec un âne et on forme une caravane !
Je vous prends sur la route ! On passe par les éco-lieux des coins qu'on va traverser, en fertilisant les sols de crottins: la classe ! Épandre de l'engrais vert sur sa route quel pied !

Allez venez !

Au lieu de remuer vos méninges sur tous ces articles anxiogènes: venez !
Soyons libre !

Collapsage immédiat !

Il faut que je dorme un peu moi, je n'écris que des bêtises quand je manque autant de sommeil.

Début d'une possible résilience.

Chapitre 0.2 - Structuration du bordel.

18 Août 2019.

Je reprends l'image du puzzle éclaté là où je l'avais laissée.
Et d'une certaine façon, il y a comme une logique aujourd'hui qui se dégage de tout ça.



"Partir sur les routes avec un âne", ce nouveau morceau qui s'impose à moi, change de beaucoup
la lecture globale des données à mes pieds.
Il y avait des tas de bouts d'assemblages, qui ne collaient pas avec le plan général.

Les "tu ne finis jamais rien". Ces éléments étaient encombrants et culpabilisants.
Même moi, je perçois le caractère instable de mes centres d'intérêts et de toutes ces choses, que j'ai pu commencer, sans jamais les finir.

Avec ce voyage qui approche, cette évidence que le chemin importe plus que la destination, je commence à me dire, qu'il en est aussi ainsi, de tout ce que je n'ai pas voulu finir.
Dès qu'un centre d’intérêt m'avait satisfait, que je me sentais en situation de "maîtrise", je pouvais choisir à la prochaine intersection de changer de chemin.
Et finalement, sans jamais avoir été au bout des choses, j'ai construis pas mal d'éléments de ma propre initiative, sans vraiment chercher à les intégrer à une logique pouvant être comprise par les autres. J'ai appris à maîtriser un tas de choses, et aujourd'hui ce voyage en est la finalité.

Je commence à trouver un sens à ces nombreuses démarches, avec le morceau "Zeb & Piloul" des associations, jusque là impossibles, se font.

Ah... Piloul.
Hier, on s'est trouvé. (Plus moi que toi c'est vrai).
Mais maintenant j'ai un moteur. Un vrai et qui fourni un travail, sans énergie fossile.
Qui fourni des émotions.
Qui fixe un cadre nouveau.
Qui va sérieusement faire dégringoler mon bilan carbone.

Mon âne Piloul a dix ans. Il a été élevé et a grandi dans La ferme du poulet qui va bien.
Il a déjà fait plein de choses et a beaucoup d'acquis.
Il a même appris à reconstruire émotionnellement les gens.
Il est officiellement à moi depuis hier.
Olivier, son éleveur, s'est d'ailleurs révélé être un sympathique collapso, engagé et passionné, pratiquant le 100% naturel, et le 100% amour de sa qualité de vie.
L'ensemble de ses animaux, tous poils et plumes confondus, sont dans les conditions optimums d'élevage en cadre naturel, c'est un lieu explosif de verts.

Les rencontres ont donc été un moment très à part.

Je me dis qu'avec les nombreux talents de Piloul, et mes trucs jamais aboutis, il y a peut-être une chance que de belles rencontres se déclenchent sur ma route. Je pense qu'écrire, aujourd'hui, répond
à ce besoin fondamental de ne pas ressentir trop la solitude en chemin, écrire pour taper à votre porte, pour remplir ma réserve d'eau, et vous offrir la promenade en âne pour vos enfants en retour, raconter des petits bouts de puzzle... ...bien plus sans doute, j'ai la trouille d'être seul.

Je pense avoir de quoi troquer sur ma route, c'est un élément rassurant.

D'ailleurs je vais ouvrir des albums photos "Mes trocs", ça vous donnera une idée de mes "pas fini" et ça fera un pavé indigeste, façon CV et Lettre de motivation, en moins à écrire et pour vous à lire.
Et pour ce que je ne peux pas illustrer, faudra faire comme moi: essayer d'être aussi intelligent que mon âne.

Il y a peu, je constatais des échecs et des voies sans issues.
Aujourd'hui, des choses nouvellement apparues, me permettent de distraire mon esprit et de sortir mes pensées d'un cercle où j'étais souvent prisonnier et constamment en stress.

Début d'une possible résilience donc.

Mais beaucoup de choses douloureuses restent en souffrance.

Je commence à lister mes besoins réels maintenant: il y aura des jours sans portes ouvertes.
Je connais ma capacité de portance avec l'aide de Piloul, je peux calculer le paquetage bivouacs idéal.
Je prends conscience de l'importance de pouvoir faire des rencontres. Être aidé et être dans la mesure de rendre la pareil, voilà de quoi doit être consacré mon volume de voyage.
Une bonne tente pour conditions difficiles, deux duvets: un polaire, un mi-saison, Un coffre gamelle, un sac photo, de quoi écrire, un coffre et quelques outils simples, mes vêtements et un nécessaire d'hygiène. Le kit de soin de Piloul. La paperasse. Il faudra que je fasse avec ça. 

Je ne veux pas charger l'âne comme un baudet.
Je préfère qu'il tracte tranquillement.

19 Août

Je suis retourné voir mon âne, contact rapidement noué à cette deuxième visite. Je pense qu'il a compris, que nous devrions nous revoir assez souvent. J'avais aussi un bout de pain dans la main, certain diront que je triche. C'est parce que, ces gens, ne peuvent pas se mettre au niveau d'intelligence d'un âne: lui, il s'est dit: de cette main qui se tend, se dégage l'intuition, d'une profusion de croûtons à venir.

C'est pas con un âne, faut pas croire.

Ensuite, j'ai pu l'emmener un peu sur les chemins et les petites routes. Marcher, à droite, à gauche, arrêt, pause casse-croûte, soleil, drache, tracteurs, vaches, chevaux en pâture, enfants, charge légère, rythme, câlins. Tous les voyants au vert. Du croûton, du croûton, du croûton.
Piloul, n'a pas vraiment cherché à m'imposer un caractère, je lui ai bien fait sentir que mon truc, c'est pas trop la chaîne de commandement non plus.
Je lui ai chanté du Brassens, il s'est mis à rigoler: on va vite être pote.
On a passé une chouette journée en tous cas.

On se revois jeudi, on test l'attelage cette fois, il connaît, mais il manque de pratique depuis deux ans, moi ça fait 25 ans que je n'ai plus conduit d'attelage. C'est moi qui perd et qui suis l'âne.
Je révise mon Brassens à cappella, je stocke du croûton, je sais que mon âne me pardonnera mes maladresses de remise en route.

20 Août

Rien. Juste des galères d’amarrages.
Des cordes à couper, des nœuds à défaire, des cordes à rouler.
Penser à tout, penser à rien, ne pas penser à ça, ne pas oublier ça.
Dire, se taire, écrire, souffler.
Affectivement, Piloul va avoir du boulot, je pars en miette.







mardi 13 août 2019

En transition.



PRÉFACE BOITEUSE.

Pourquoi tout ça m'arrive aujourd'hui ?
Impossible de répondre à ça.

J'épuise les options, je ne termine rien.
Paraît-il.
Mais qui croire ?
Ma vie se résume t'elle à une série d'impasses et de passions qui explosent sans laisser de traces ?

Mon histoire, comme un puzzle éclaté au sol, est faite de pièces perdues à jamais, d'assemblages improbables, de petits morceaux incompatibles entre eux ou avec le plan fourni à l'origine, aujourd'hui perdu. Je n'ai que des petits bouts de notice. Certaines pages ne sont même pas toujours à moi.

Même la découpe des éléments, fourni dans la boite, ne semble pas être faite pour que tout ça puisse coller ensemble. Il manque au premier coup d’œil, des pièces, et on se demande d'ailleurs, ce que des Lego font dans la boite.

À 49 ans presque, je suis un enfant qui n'a pas réussi à assembler en cohérence sa vie d'adulte.
Mais c'est ainsi, c'est ma vie.

En fait, si je me souviens mal, je dirai que quelqu'un d'autre avait débuté ce puzzle sans moi, je ne me souviens pas d'avoir commencé le premier coin gauche. Il était déjà là.

Je me souviens aussi qu'on me tendait des pièces en me disant:
- Celle là, va là et celle-ci ici. J'observais fasciné.
Simple, amusant.

Rapidement le jeu à évolué.
- Et cette pièce là ? elle va où ?
Un défi ? Je relève.
- Euh... Là !
- Bien ! Et celle-ci ?
- Là ? (plus perplexe)
- Presque, essaye de la tourner un peu... ...Oui ! Voilà. Maintenant, plus difficile : celle-là.

Vu le nombre de pièces indiquées sur la boite, je vais en zapper un peu de mon histoire.
Question de rythme narratif.

Puis ça a été un peu prêt ça:
- Aller, tout seul maintenant : trouve celle qui va là, je reviens voir tout à l'heure.

Un poil plus tard.
- Bravo ! Et ça tu l'as fait aussi tout seul ? (surprise)
- Oui. Et comme celles là sont mal dessinées, je les ai dessinées moi même ! (éclats de rires)
- Bon : c'est ton puzzle, à toi de jouer maintenant. Ne t'inquiète pas, on reste à côté, on surveille.

Sauf que celui qui avait les pièces "Papa" se barre avec.
Ça fait comme un trou dans mon puzzle d'entrée de jeu.

Et celle qui avaient les pièces "Maman" me refilait des pièces, sans vraiment se rendre compte que c'était des pièces à elle. Elle n'avait jamais réussi à les placer dans le sien, elle voulait croire que c'était à moi, tellement elle aurait aimé voir ces belles pièces briller sur son assemblage, frustrée de ne jamais réussir à les placer. Si bien qu'à des moments, mon puzzle, bah en fait, c'est le sien et c'est plutôt agaçant.

Plus tard encore, on pique des pièces aux autres et on s'en fait piquer. On fait des échanges, des trocs, on sacrifie des pièces, on en crée de toutes pièces. Un vrai bordel en fait.

Sans compter qu'il y a toujours le gars d'à côté, qui semble, lui, avoir un truc bien plus organisé : son puzzle semble cohérent, plus structuré. Il ne faut pas non plus regarder de trop prêt : on voit les triches, mais son machin. ça fait plus chantier. On dirait qu'il peut suivre la notice.
Salaud.

Heureusement, il y a l'autre...
Lui, son puzzle, c'est plus un "truc" pourri comme une zone de guerre. Il y a déjà des morts, des disparus. C'est disloqué, mal avancé, mal barré, et rien qu'à sa tête on se doute bien que ça ne donnera jamais rien de bon. Merci d'en être là, ça me donne l'impression de surnager malgré tout.

Moi j'ai toujours été à mi-chemin des deux.

Le gars du chantier, son truc cohérent, j'en ai pas trop envie en fait : on sent comme une hargne interne à vouloir trouver les transitions les plus logiques, pour que les anomalies se fondent à un ensemble. Et ça méthode consiste aussi à pas trop considérer les autres en leurs piquant, de la place, des pièces, et génère beaucoup de stress dans les impasses. Mais quand le plan avance, il va bien.
Ça ne me paraît pas logique de vouloir respecter toutes les logiques.

Et l'autre, je le plein. C'est tout.
Je regarde mon bordel et je me dis qu'il y a pire.

Hier, j'avais laissé mon bordel dans l'état, pour aller faire un tour.
J'avais laissé la fenêtre ouverte, il y a eu du vent.
Tempête en fait.
Conséquence du réchauffement climatique entre autre, mais pas que.

Mon Histoire commence là.
À une conjonction systémique imprévue.

INTRODUCTION BANCALE.

Il était plein de fois, plein de vies, les miennes.
Un jour, toutes ces vies se croisent au même endroit et phénomène classique sur les routes d'été, il y a un gros bouchon. Les premiers coincés se retrouvent devant une route jamais construite et leur GPS tombe en panne, comme par pandémie. Tout le trafic est paralysé dans une situation totalement inédite plus personne n'avance, plus personne ne recule.

Et bien moi, je continu à pied.

Tant pis pour la voiture, tant pis pour tout le reste.
Marre de la route, marre du GPS. Je passe par les champs.
Un court moment de folie ou de raison. Je ferme la voiture, je balance les clés.

Et vous êtes, vous aussi, précisément à ce moment là. Pas question de sortir de votre voiture pour certains. On ouvre la fenêtre et la musique : on patiente pour d'autres. On crie sur l'imbécile juste devant, qui ne coupe pas son moteur pour avoir la climatisation. On calme les gosses qui viennent de se réveiller. On va faire pipi derrière les buissons. On sort la notice du GPS de la boite à gant. On coupe le moteur et on fait quelques pas, sur le bord de la route, pour se détendre musculairement. On va aux nouvelles: quelqu'un sait peut-être quelque chose ? On s'inquiète déjà de combien de temps ça va durer cette histoire, ou de ce qu'il reste dans l'habitacle, comme réserves, si ça dure.
Et là c'est bien parti pour.

Mais au bord du champs, de là où moi je suis, j'en vois d'autres, les pieds dans le vert, on dirait même que dans les champs, des gens vivent là, à proximité de routes. J'avais déjà entendu parler de ça. Ainsi que de ces sauvages, qui peupleraient les terres intérieures encore inexplorées (d'après les rumeurs): les tribus Zadistes.

Je regarde ma voiture encore proche, et je me rappelle en avoir jeter les clés de façon distraite, je ne sais plus trop où... J'hésite un instant, je comprends ce que je viens de faire, marcher vient de devenir la seule option pour avancer.

Oups, le con...

Je retourne vite fait à côté de ma voiture, la fenêtre arrière est entre-ouverte, je vais peut-être réussir à y passer mon bras pour ramasser la bouteille d'eau et un petit pull pour ce soir, si il fait froid.
J'y parviens.

Métaphoriquement bien entendu.

Fini la route et son code complexe, les incivilités, les agacements, les frais d'entretien imprévus, la jauge d'essence qui clignote, la radio qui capte pas, la crevaison lente, les trajets qui se répètent, les parkings mal foutus et payant. Fini les assurances obligatoires, les vignettes, les disques bleus, les horodateurs, les radars.

Fini le coffre plein au mauvais moment, et vide quand on le voudrait plein.

Moi aujourd'hui, je passe par les chemins.
Pour de vrai.

Ma montre devient le soleil, mon cycle la lune, mon calendrier les saisons.
Pour de vrai.

Je vais marcher.
Pour de vrai.

Avec un âne et le petit peu, que moi et mon compagnon de voyage pourront emmener.
Pour de vrai.

Chez moi deviendra le chemin, dehors sera mon dedans.
Pour de vrai.

C'est cette histoire que j'ai envie de vous raconter, elle commence aujourd'hui.
Pour de vrai.

Un petit peu avant le fameux "premier pas" en fait : j'ai triché un peu dans mon récit pour ajouter à l'effet dramatique. Il va y avoir des effets spéciaux dans cette histoire. Mais si j'en met, je vous le dirai.
Un peu de montage aussi: je suis un engagé et justement là, je vais pouvoir l'être plus que jamais.

Ça me changera de trier mes poubelles pour l'Inde et manger du fongicide en salade.
Question écologie: chacun se débrouille avec sa conscience et ses responsabilités.
Moi je dors assez mal, y'a comme un truc qui cloche je dirai.

J'ai du collapser à un moment, entre deux parcelles de jardin en tentative de résilience.
Mes émotions s'effondraient aussi de façon systémique.

CHAPITRE 0.1 - Le Plan Z

Je me la pète, alors que je n'ai pas encore bougé dans les faits.
J'ai un mois environ, on est le 13 Août, je pars vers le 15 Septembre, à deux trois jours prêt.

Avant de partir, il faut quitter.
C'est ce que je fais en ce moment, je quitte.

Et quitter certaines choses, c'est parfois très difficile.
Car vous touchez à tout ce qui fait qu'un individu, est ce qu'il est. Est ce qu'il a.
Tout.
Pour de vrai.

Les "Eux" que je quitte, et qui sont stupéfaits.
Beaucoup de "Eux".
Les larmes, les rires, les réactions qui sont rarement sous contrôle.

Les "moi" que je quitte bouche bée.

Le plan que je quitte, même si je ne le suivais plus.

Les trucs qu'on entasse.

Les rêves que je tue la nuit pour m'en débarrasser.

Les repères qu'on commence à préparer à la démolition.

En terme émotionnel, c'est des moments très intenses, qui surviennent tous en même temps. Ce n'est pas très fluide, c'est même assez violent. Je passe encore par tous les états, sans savoir si je parviens à gérer tout ça. Je suis en état de stupeur, avec un sommeil très perturbé et un sentiment de ne jamais être totalement éveillé. Je pratique le yo-yo émotionnel sous stéroïdes.

J'ai du mal à faire appel à ma raison: rien n'est réellement raisonnable dans tout ça.
Et moi, je ne suis finalement qu'un enfant, qui, devenu adolescent, n'a jamais pu se résigner à devenir un adulte.

J'ai la procrastination facile, je m'accorde le temps de bien savourer les choses.
Des saveurs, il y en a.

C'est le chaos.

Ensuite et en même temps, difficile d'être chronologique dans ces instants qui durent, vient le processus d'adoption.

J'adopte des idées. Il faut rebâtir toute une structure mentale alors même que l'ancienne n'a pas finie de s'effondrer.
Certaines certitudes se retrouvent brutalement dans la benne à tout-venant. Les convictions sont dans la tourmente et bon nombre manquent encore à l'appel. D'autres trouvent enfin naturellement une place. Certaines ont totalement disparues quand d'autres naissent. Et tout ça à grande vitesse.

C'est le chaos

Dans la tête c'est le chaos.

Puis il y a les choses. Ces choses qui restent, qui partent, qui manquent.
Que vais-je pouvoir emporter pour ce chemin en sachant que je ne pourrai bientôt plus me retourner.
Je ne peux pas vouloir ou pouvoir me retourner.
Non les gros bouchons de l'été, c'est terminé: plus jamais.

Qu'est qu'un homme et son âne, peuvent emmener sur le chemin, alors qu'aucune destination réelle est définie. Comment vont-être leurs vies ?
On va où exactement ?

Maintenant je dois donc faire des choix.
Le premier étant de coller au plus juste à : "comment je le sens".
Je sais que je ne suis pas le premier à m'enfoncer dans un chemin, mais là c'est le mien.
Le mien.
Il faut que je garde bien ça en tête : ma meilleur chance de transition est d'en définir les contours et être au plus prêt, de ce que je sens être ce qui me conviendra le mieux. Pas si facile.

On va dire qu'un âne est capable de tracter 250 kilos, que cette pauvre bête, qui va bientôt devenir ma meilleure amie, je ne vais pas déjà m'imaginer la charger comme un mulet :  j'emmènerai un peu plus de tranquillité et d'options, mais à minima.

Indispensabilima même.
La console de jeu par exemple, je peux faire une croix dessus. C'est très con comme exemple, mais c'est un des trucs débile qui pique un peu.

Je vais pas pouvoir emmener de chauffage central au gaz, ni ma centrale nucléaire non plus, du coup je suis un peu septique pour pouvoir embarquer avec moi mon lit, ma cuisine, mon frigidaire, ma douche, mes toilettes, (oh zut, je viens juste de percuter que cet aspect est complètement craignos), ma télé,...

Et il y a des choses que vous jugerai capitales pour ne pas que je me plante, mais que je dégage d'office: un compte bancaire par exemple. Je me colle des gages et des handicaps tout seul.
Histoire de rigoler un peu. je ne serai jamais adulte de toutes façons.

Il y a des choses que j'emmène et qui ne pèsent rien: des trucs dans ma tête.
Il y aura des choses que j'aurai bien laissées, car elle sont trop lourdes : des trucs dans ma tête.
Du chaos

Et puis il y a tout le bazar. Le nécessaire que je sens bien.
Faut penser à tout ça, d'ailleurs je n'ai pas encore mon âne, lui, je le sens bien.
C'est aussi du chaos.

Nous naissons du chaos, ça c'est la bonne nouvelle.

Question retour à la nature et aux sources, mon bilan carbone va sérieusement dégringoler, et ça me tenait vraiment à cœur.

Quand à mes besoins énergétiques, ça va me faire tout drôle je crois.
J'avoue : je n'ai pas encore percuté.

J'ajoute donc à ma "To do list", dessous le titre "Plan Z" (le dernier) :
- percuter un peu.

Ça ne sera pas un luxe.

Voilà où j'en suis maintenant, j'accepte, je prépare, c'est un sacré morceau à avaler.

J'écris juste une histoire, la mienne.

Une histoire que j'ai envie de partager, en l'écrivant un peu pour les autres.
Je sais que je trouverai trace du monde sur ma route, c'est pas non plus une traversée du désert.
Quoi que d'un point de vue strictement personnel, ou romantique, si un peu, voir carrément, (toujours ce fameux yo-yo émotionnel qui ne lâche rien).

En fait, si je prends ce chemin, c'est aussi pour aller à votre rencontre, et celles des tribus sauvages.
Voir ce que vous faites et ce que eux ils font.

Donc, sur le chemin vous croisez un homme et un âne, ça sera peut-être moi, ça pourrai être drôle d'oser vous arrêter en appelant "Zeb !!!"

Zeb, c'est moi.

Mon avatar devenant ma nouvelle identité de... ..."sauvage" ?
N'ayez pas peur : pour le moment, les éléments ne m'ont encore rendu cannibale.
Surveillez quand même vos arrières dans quelques mois.
Avec le froid et la faim, j'aurai peut-être retrouvé certains instincts de prédation.
On verra.

J'écrirai.

Ici, c'est bien je trouve : c'est dans le thème et si les administrateurs du groupe ne s'y opposent pas, ça me changera des monologues avec un âne. je vous raconterai ma route. j'ouvre ce blog pour ça.

Aller je tente un partage, on verra bien.
Pour le moment le wifi n'est pas un problème: je voudrai vous tenir au courant de mes préparatifs. Et de se qui se passe pour moi : Les gentils hommes en blancs me ramèneront-ils dans ma chambre ? Vais-je sombrer dans l'alcoolisme ? Gagner à l'Euro Million dans la dernière ligne droite ? Aurai-je pu trouver à temps un âne ? Quels vont être mes choix de survie et de vie ? Vais-je tenir 3 jours sans console ?

Suspens en cette fin d'été !

Ah, oui, pour le moment je vous écris des Hauts de France, juste à côté d'Arras.
C'est mon point de départ.
Je vais rejoindre le Lot pour y passer une partie de l'hiver à l'abris, je l'espère, pour le moment je ne vise pas plus loin. Je suis dans le : va jusque là bas, c'est déjà bien, on regarde la carte de nouveau une fois sur place.

à suivre donc, ici ou ailleurs.

Pardon pour les puristes de l'orthographe et de la grammaire. J'ai toujours été plus intéressé par les arts plastiques : j'essaye de faire gaffe, mais je commet encore des gaffes.